Histoire du Shiatsu

Définition :

Le massage shiatsu est une forme de manipulation exercée à l'aide des pouces, des doigts et des paumes, sans recours à aucun instrument mécanique ou autre, par application d'une pression au niveau de l'épiderme, afin de corriger les dysfonctionnements internes, d'améliorer et de préserver la santé et de traiter des maladies spécifiques" (définition officielle du ministère japonais de la santé).

Ethymologie :

Littéralement pression des doigts en japonais, SHI (doigts) et ATSU (pression). le massage shiatsu, est une technique de massage par pression des doigts, des paumes, des coudes, des pieds et des genoux. C'est un terme récent apparu au milieu du XIXème siècle
au Japon où sa pratique thérapeutique est reconnue depuis une cinquantaine d'années.

Les origines du Shiatsu :

a) La légende

Il était une fois, dans une région reculée d'Asie dans la vallée du fleuve Weï, un vieillard, qui répondait au nom de Wang. Wang, qui veut dire "roi" en chinois, était le nom
que portait bien ironiquement ce pauvre paysan qui ne régnait que sur sa misérable chaumière et son lopin de terre. Mais son coeur n'était pas aussi sec que sa terre
et il lui arrivait de partager son maigre repas avec un vagabond ou ses voisins
les moineaux.
Une nuit, en entendant des pas et des murmures, il enfila sa tunique, prit son bâton,
son sac et sortit de chez lui à pas feutrés. Il aperçut huit silhouettes et, tout en gardant une distance raisonnable, les observa. Il crut reconnaître les huit Immortels, avec en tête Chang Kono Lao sur sa mule blanche et Tié Kouaï Li qui boitillait derrière les autres avec
sa béquille de fer. Wang entreprit de les suivre discrètement dans l'espoir qu'ils
le conduisent au Royaume des Immortels où se succèdent les festins divins dans l'insouciance de l'éternelle jeunesse.

-Qu'allons-nous faire de ce mortel qui nous suit ?
dit Tié Kouaï Li lorsqu'il l'aperçu. Ho Hsien Kou, la patronne des magiciennes, lui répondit :
- S'il est prêt, il passera sur l'autre rive. Soumets-le à l'épreuve. Tié Kouaï Li fit signe
à Wang de s'approcher et lui dit :

- Alors, tu dois remplir trois conditions :

- La première, marcher sur l'eau en regardant droit devant toi sans avoir de pensée impure. T'en sens-tu capable ?

Wang fit signe que oui de la tête. La perspective d'entrer au Royaume des Immortels
lui donnait des ailes.

- La deuxième condition : tu dois abandonner tout ce que tu possèdes, sans regret.

- Cela n'est pas difficile non plus, surtout pour moi qui n'ai pas grand-chose ! Et Wang jeta dans le fleuve son sac et son bâton.

- La troisième condition, c'est une autre affaire. Tu dois boire une gorgée de ce remède qui purifiera ton corps et le rendra aussi léger qu'une feuille. Donne-moi le creux de tes mains. Li le boiteux versa dans les paumes du pauvre paysan un liquide verdâtre, visqueux
et nauséabond. Wang avec une grimace de dégoût, laissa couler entre ses doigts l'infâme mixture et se nettoya les mains dans le fleuve.

- Misérable, s'écria le sage infirme, tu as gaspillé le précieux Nectar d'Immortalité ! Tu t'es arrêté aux apparences. Tu n'es pas digne de nous suivre.

- Je vous en prie, supplia Wang, donnez-moi une autre chance !

- Ton autre chance, répliqua Li le boiteux, elle est au creux de tes mains. Fais-en bon usage ! Et pendant que l'Immortel disparaissait dans la brume, Wang regarda les paumes de ses mains. Elles brillaient dans la nuit d'un étrange éclat, comme deux lampes de jade.
Le paysan ne tarda pas à découvrir le pouvoir de ses mains. Elles soulageaient
les douleurs, soignaient les maladies. C'était des mains de guérisseur. Il en fit bon usage, et pratiqua la compassion sans relâche, condition première pour parvenir sur l'autre rive des Immortels.

La légende veut que Wang, le paysan fût le premier praticien de Shiatsu, qui utilisa ce don pour améliorer la vie de ses congénères. Au-delà de l'aspect magique cette légende met en avant les qualités de cœur nécessaires pour devenir un shiatsu-ki. En réalité
les origines du massage shiatsu sont moins surnaturelles mais tout aussi intéressantes.

b) Le Amma: ancêtre du massage shiatsu

L'histoire et la formation du Amma, massage traditionnel japonais remonte à 5000 ans dans les régions nord de la Chine et au début de la philosophie médicale chinoise.
Les deux caractères chinois que l'on prononce anmo signifient "calmer par le toucher".
Les japonais prononcent ces deux caractères de la même manière : amma, qui est lui-même prononcé anma. Le Amma japonais est à la base de toutes formes de massage
par acupression incluant les formes modernes du massage shiatsu. Le Amma trouve son origine dans la médecine traditionnelle chinoise. A l'origine, sa formation fut développé dans la région du Nord de la Chine, dans les terres arides du nord du fleuve Yellow River. Les habitants de cette région utilisaient l'acupuncture, la moxibustion et anmo, qui est
une méthode manuelle, de guérison (Serizawa, 1984). Après de nombreuses années
de pratique et d'expérience du massage, de l'acupuncture, et des moxas, les chinois arrivèrent à identifier les points sur le corps où de tels traitements produisaient des effets maximum. Finalement, ces points appelés tsubo ou points d'acupunctures, ont été regroupés avec les 14 méridiens principaux aussi appelés chaînes d'énergie qui ressortent des schémas créés par les anciens (Serizawa, 1976).

Aujourd'hui, nous connaissons ce système de méridiens et de points d'acupuncture comme l'anatomie énergétique de la médecine traditionnelle chinoise.

Le shiatsu :

En 1940, Torujiro Namikoshi ouvrait l'Ecole de formation japonaise de Shiatsu à Tokyo,
qui reçue la licence du gouvernement en 1957. Par suite la formation et les talents en marketing de Namikoshi à la fin des années 40, et au début des années 50, "shiatsu" devint alors au Japon, le mot le plus communément utilisé comme référence au massage. Le massage shiatsu fut reconnu par le gouvernement japonais comme un style
de massage séparé du Amma en 1964. D'après le Directeur de l'Ecole de Formation
de Massage Shiatsu de Santa Monica en Californie, DoAnn Kanebo, aujourd'hui, au Japon, beaucoup de praticiens en massage utilisent le Amma et le Shiatsu et l'appellent Shiatsu. Parmi les nombreuses écoles de formation que l'on peut trouver au Japon, trois courant majeurs se distinguent aujourd'hui: l'école Namikoshi, dont le style est encor très répandu au Japon et l'école Masunaga, plus connu en Europe (au moins de réputation) qu’au Japon. Masunaga, élève de Namikoshi, estima qu'en apportant la théorie de la médecine traditionnelle chinoise au Shiatsu, on gagnerait en efficacité dans le soin. Ce Shiatsu fut
le plus diffusé en Europe au cours des années 1970.

a) Le shiatsu en occident

Torujiro Namikoshi introduisit le massage japonais aux Etats Unis en amenant son style
de Shiatsu dans les années 50. En 1953, il fit venir son fils, Toru. Toru Namikoshi est resté 7 ans aux Etats Unis pour assurrer des formations sur le massage shiatsu aux étudiants de l'Ecole de chiropraxie Palmer à Davenport, en Iowa. Torujiro continua à Hawaï
en ouvrant une école de formation au massage. En 1969, Torujiro écrivit son premier livre, Health and Vitality at Your Fingertips, qui fut distribué aux Etats Unis, en Angleterre, Nouvelle Zélande et Australie. Ce livre fut plus tard traduit dans plusieurs autres langues sous le nom de Japanese Finger-Pressure Therapy, Shiatsu (1969) et distribué dans
le monde entier. Le style de shiatsu de Namikoshi était le premier style de massage japonais enseigné aux Etats Unis jusqu'en 1960. Dans les années 70, un certain nombre de praticiens japonais apportèrent leurs styles de Shiatsu aux Etats-Unis: DoAnn Kanebo, qui apporta une forme appelée Amma Shiatsu ; Shizuro Masunaga, qui développa
le Shiatsu Zen, Shizuko Yamamoto, qui développa le Barefoot Shiatsu (le shiatsu aux pieds nus), et Wataru Ohashi, qui développa l'Ohashiatsu. Le Amma traditionnel fut officiellement introduit en premier aux Etats Unis en 1971, avec l'ouverture du Kabuki Hot Springs dans Japantown, à San Francisco en Californie. Conçu comme un spa traditionnel japonais, Kabuki Hot Springs employait des praticiens en Amma, voyants, qui avaient suivis une formation au Japon et amenés aux Etats Unis pour travailler dans les nouveaux spa. Vers 1977, les propriétaires des Hot Springs voulaient développer une source locale de praticiens qualifiés. Ils demandèrent à Takashi Nakamura, un praticien de l' Ecole de Massage, Acupuncture, Moxa, Cautérisation, du Kensai, à Osaka au Japon, d'assurrer la formation dans une école à San Francisco. Quoiqu' il forme au Amma, l'école fut appelée le Kabuki Shiatsu School of Massage.

b) Les différents styles

Le Shiatsu Namikoshi
Tokujiro Namikoshi "crée" le Shiatsu, son fils Toru a appris la chiropraxie aux États-Unis. Si bien que, dans le shiatsu, s’établit dès lors une relation entre la colonne vertébrale et les viscères. Ce type de massage shiatsu est accessible avec une relative aisance car il se passe aisément de références à la Chine et à sa médecine, et se concentre sur la technique du soin. Le massage shiatsu retrouve ses origines, c'est avant tout une technique de toucher. Le style de Shiatsu de Namikoshi incluait les techniques de Amma les moins complexes (doigts, pouces, et pressions palmaires), et n'incluait pas le système traditionnel des méridiens du Amma. Sensible à l'enthousiasme du 20è siècle pour la médecine scientifique occidentale au travers du monde entier, Namikoshi superposa ses points à la structure anatomique occidentale. Toru Namikoshi détailla ce système par des diagrammes dans The Complete Book of Shiatsu Therapy (1981).

Le Shiatsu Masunaga
L’esprit européen étant assez étranger aux modes d’approches culturels de l’Asie du Sud-Est, il est plus difficile et relativement long d’apprendre le Shiatsu Masunaga. Masunaga, philosophe, après avoir étudié à l’école Namikoshi, a rapporté à la pratique du shiatsu la théorie de la médecine chinoise, faisant ainsi du Shiatsu une médecine qui inclut la théorie du yin et du yang et celle des Cinq Éléments, notions complexes qui présupposent des acquis culturels larges en amont des apprentissages spécifiques du Shiatsu. Ce Shiatsu utilise le système de méridiens de la médecine traditionnelle chinoise en acupuncture. Le travail du praticien consiste en un rééquilibrage "énergétique" le long de méridiens référés aux Organes et aux Viscères dans lesquels circule l’énergie vitale (ki). Shizuto Masunaga développa son propre système de méridien, qu'il décrivit dans son livre Zen Shiatsu (1977). Son étudiant, Wataru Ohashi, retourna au système traditionnel chinois des méridiens, qu'il détaille dans Do-It-Yourself Shiatsu (1976). Shizuko Yamamoto n'inclut pas la carte du système de méridiens dans son livre, ni même les points d'acupression dans son traitement complet en Shiatsu. Par contre, il y est suggèré une liste de points d'acupression pour traiter des problèmes communs. Kanebo suit le système traditionnel chinois des méridiens et inclut dans son Shiatsu beaucoup de techniques plus compliquées provenant du Amma.

Le Shiatsu myo-énergétique
Shiatsu de médecins et d’acupuncteurs, le Shiatsu myo-énergétique retourne à la source avec :
-Les origines chinoises de la médecine, tout particulièrement en empruntant au corpus médical chinois les méridiens tendino-musculaires
-Le sôtaï du Dr. Hashimoto, qui comprend un travail sur l’équilibre postural
-Les influences réciproques entre dysfonctionnement d’organe et système neuro-végétatif. L'innovation majeure se crée dans la correspondance établie entre médecine énergétique et médecine mécaniste. Ainsi la myo-énergétique estime-t-elle que la cause première du déséquilibre de la santé de l'individu dépasse le déséquilibre organique ou viscéral, et réside dans le déséquilibre postural. Le travail du praticien consiste en une préservation et un renforcement des équilibres posturaux, laissant au récepteur le soin de prendre progressivement conscience de ses propres déséquilibres à mesure que les équilibres déjà là sont préservés ou consolidés et, ce, par un Shiatsu sur les méridiens tendino-musculaires.

Le Sei Shiatsu Do
Enraciné dans la tradition martiale japonaise, le Sei Shiatsu Do s'inscrit dans la filiation de l'enseignement de Maître Okuyama au sein de son Ecole martiale et médicale Hakko Ryu (Ecole de la Huitième Lumière). Ce Shiatsu a ensuite été nourri par l'apport de la médecine traditionnelle chinoise qui l'a enrichi de ses lois et de ses principes. Il a évolué vers des techniques subtiles, dites fluidiques grâce à des pratiques issues du Qi Gong thérapeutique. Ce style a été développé par Bernard Bouheret, membre actif de la FFST.
Le Shiatsu macrobiotique
Le Shiatsu macrobiotique développé par Shizuko Yamamoto se caractérise par deux principaux points: l'alimentation macrobiotique comme complément de traitement et l'utilisation des pieds, lors de manoeuvres spécifiques, pour exercer des pressions sur certaines masses musculaires du receveur, comme les fesses.

L'Ohashiatsu
L'Ohashiatsu de Maître Wataru Ohashi, est le prolongement de l'enseignement de Masunaga. Dans l'Ohashiatsu, le praticien, pour exercer des pressions, doit travailler avec le poids de son corps et celui du receveur, d'une façon contrôlée mais sans effort. Le travail énergétique passe donc avant tout par la détente et le bien-être du praticien et c'est ce qui sera transmis au receveur.

c) Le shiatsu en France

En 1970, le Shiatsu fit son apparition en France grâce à des Maîtres comme Y. Kawada, T. Kagotani, R. Tokuda, H. Izumo et quelques autres, sans oublier les deux maîtres ayant fortement imprégné la pratique du Shiatsu actuelle de leur personnalité: Namikoshi et Masunaga, l'un de ses élèves. En 1994, la Fédération Française de Shiatsu Traditionnel voyait le jour avec pour vocation principale la défense, l'illustration et la promotion du Shiatsu d'une part, et d'autre part son enseignement et sa pratique.
Aujourd'hui la CFMTC (Confédération Francaise de Mtc), qui regroupe les quatre principales fédérations de cette discipline, prépare un livre blanc du statut des professionnels de Mtc, définissant la formation et le code de déontologie du praticien. Toutes les conditions seront ainsi bientôt réunies pour la reconnaissance du statut de praticien de Shiatsu, conformément à la résolution A4-0075/97 du Parlement Européen votée le 29 mai 1997. Cette résolution visant à reconnaître le Shiatsu, en tant que « médecine non conventionnelle digne d’intérêt » a amené la reconnaissance de l'ostéopathie, de la chiropraxie et de l'homéopathie dans certains pays d'Europe. Ces différents styles et écoles peuvent sembler très éloignés. Néanmoins ils ont tous en commun un certain nombre d'éléments qui caractérisent le massage shiatsu et le différencie des autres techniques manuelles.

L'Attitude Juste :

Dans le Taoisme, la pratique de la Voie, on parle de l'Attitude Juste. Celle-ci se résume en trois points essentiel: le Geste Juste, le Souffle Juste et l'Intention Juste.

Le Geste Juste concerne la forme, l'extérieur, ce qui peut se voir. Le Geste Juste, c'est la réalisation du mouvement de manière précise, parfaite, épurée des attitudes gauches ou parasites qui résultent d'une mauvaise maîtrise de la forme, d'un manque de confiance dans le mouvement.
Le Souffle Juste accompagne la Forme on ne le voit pas mais on l'entend. Le Souffle Juste ne se résume pas à synchroniser la respiration au mouvement, de même le Souffle ne se limite pas à la respiration mais il met en jeu des notions énergétique. Car si par son action biomécanique la respiration pulmonaire peut effectivement aider le corps dans la réalisation de certain mouvement, le Souffle, lui, porte le mouvement, il l'impulse, l'entraîne et le prolonge.
L'Intention Juste, elle n'est ni visible, ni audible on ne peut la percevoir qu'a un niveau beaucoup plus subtil. L'Intention Juste est difficile à décrire tant il s'agît d'une notion subtile. Vulgairement on pourrait dire que l'Intention Juste englobe tout à la fois l'attention, la concentration et le sentiment, en un mot l'Etre tout entier.

Au delà des divergences entre les différents styles, le shiatsu est avant tout un Art, qui nous rapproche du Tao et nous relie à l’univers.